ESPACE CRITIQUE

Chorégraphies modernes en mémoire

Article paru dans Le Figaro, 05 - 06 août 2006

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Ce texte est reproduit avec l’aimable autorisation
de Isabelle Danto et du Figaro.

La Cinémathèque de la Danse, créée en 1982 à Paris au sein de la Cinémathèque française pour conserver et archiver les créations de la jeune danse française, est devenue indépendante en 2005. Sa première saison est inventive comme on a pu le constater en février dernier lors de la soirée « Jean-Paul Goude » couronnée de succès. Dans le même temps dans les laboratoires, on travaille. Il a, par exemple, fallu huit mois de travail minutieux à Patrick Bensard, qui dirige l’institution depuis sa création, pour retrouver et faire restaurer Torse (1978), un film de Charles Atlas et de Merce Cunningham, grâce à Artservice International, la Lincoln Film Library, la Cunningham Dance Foundation et La Cinémathèque de la Danse. C’est que pour ce réalisateur qui élargit ses recherches avec des archivistes et des collectionneurs, Torse est « à une lettre près l’anagramme de trésor ».

 

Rencontres entre le septième art et le ballet
Des trésors, La Cinémathèque de la Danse en possède depuis l’origine. Comme les images tournées par les témoins des premières rencontres entre le septième art et le ballet : Louis Lumière, Thomas Edison et Georges Méliès. Rappelons que ce dernier faisait figurer dans ses féeries les petites danseuses du Châtelet.
Car le fondateur de l’institution, Henri Langlois, aidé par Mary Meerson arrivée à Paris avec les Ballets russes, avait déjà rassemblé des films de danse et réalisé des montages avec des extraits de comédies musicales, des bouts de Méliès et de la musique jazz. Nicolas Villodre, chargé de la collection, souligne d’ailleurs que la danse a toujours été liée aux débuts du cinéma : « Le danseur, discipliné et patient, était le cobaye idéal pour les expérimentations liées aux métiers de l’image et du son. »
Aujourd’hui, la collection réunit 500 films et 5 000 vidéos de danse du monde entier, de tous les styles et de tous les genres : des films sur des œuvres des grands chorégraphes et des grands interprètes et d’autres consacrées à la danse sous toutes ses formes, des chanchadas des années 1930 au kabuki japonais, des grandes comédies musicales américaines jusqu’aux contorsions de personnages de Tex Avery et au hip hop.

Dépôts et dons
(…) La Cinémathèque de la danse réussit (…) à enrichir sa collection grâce à des dépôts et des dons. Ceux des chorégraphes ou de leurs héritiers entre autres. Ainsi des courts-métrages sur les débuts de Maurice Béjart, quand il se produisait seul sur les bruitages de Pierre Henry, et les films de jazz de Jo Milgram (soixante heures d’images où l’on voit bouger Nat King Cole ou Billie Holiday) viennent de rejoindre les rayons.
Être indépendant c’est aussi faire vivre seul ce fonds. Or, outre les soirées thématiques à la Cinémathèque française, les lieux de diffusion ne sont pas très nombreux. Il faut donc travailler à une collaboration plus étroite avec les cinémas du réseau indépendant et diverses autres institutions, en France comme à l’étranger. Première étape : la mise en ligne du catalogue à partir de septembre, le passage au numérique et au DVD avec une première collection en coproduction avec l’INA.

Isabelle DANTO